Mélatonine et risque cardiaque : j’ai décortiqué l’étude 2025 pour vous dire ce qu’il faut retenir

Maxime m’a envoyé le lien un matin de novembre. Un titre anxiogène, des chiffres balancés sans contexte, et dans les commentaires, des dizaines de personnes qui annonçaient jeter leur boîte de mélatonine à la poubelle.

L’étude en question venait d’être présentée au congrès de l’American Heart Association. Elle associait la prise prolongée de mélatonine à un risque accru d’insuffisance cardiaque. Les médias avaient fait leur travail d’amplification. « Dangereux pour le cœur », « doublement du risque », « arrêtez tout de suite » : les formulations fusaient.

J’ai pris le temps de lire. Pas juste les titres. L’étude, ses données, ses limites, et les réactions de chercheurs qui avaient aussi creusé. Ce que j’en retiens est plus nuancé que ce qu’on a lu partout.

Ce qui suit ne remplace pas un avis médical. Mais il vous donne les clés pour comprendre ce que dit réellement cette étude, ce que recommandent les autorités françaises depuis longtemps, et ce que vous pouvez faire si vous vous interrogez sur votre consommation.

Femme tenant un flacon de mélatonine avec une expression préoccupée, se posant des questions sur ses effets cardiaques
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Mélatonine et insuffisance cardiaque : l’essentiel

Une étude présentée à l’American Heart Association en novembre 2025 associe l’usage de mélatonine sur plus d’un an à un risque accru d’insuffisance cardiaque. Ces résultats sont préliminaires et non évalués par des pairs. Aucune causalité directe n’est démontrée. La HAS recommande depuis longtemps de limiter la mélatonine à 13 semaines maximum.

  • Étude observationnelle sur 130 838 adultes insomniaques (5 ans de suivi)
  • Résultats préliminaires : pas encore publiés ni évalués par des pairs
  • HAS : durée recommandée 13 semaines, largement dépassée dans les faits
  • Usage ponctuel et court terme : pas de signal d’alerte à ce jour
  • Antécédents cardiaques ou traitement en cours : consulter son médecin

L’étude qui a agité internet en novembre 2025 : les faits bruts

Au congrès annuel de l’American Heart Association, début novembre 2025, une équipe dirigée par le Dr Ekenedilichukwu Nnadi (SUNY Downstate Health Sciences University, New York) a présenté une étude observationnelle sur 130 838 adultes souffrant d’insomnie chronique, suivis pendant cinq ans via la base de données internationale TriNetX.

Les résultats : les personnes prenant de la mélatonine depuis au moins douze mois présentaient un risque d’insuffisance cardiaque 89 % plus élevé que celles n’en prenant pas. Elles étaient 3,5 fois plus susceptibles d’être hospitalisées pour cette pathologie. La mortalité toutes causes confondues était doublée sur la période.

Ces chiffres ont été repris par TF1, Femme Actuelle, Science & Vie. Le mot « danger » s’est retrouvé dans la plupart des titres. Ce qu’on lisait moins : il s’agit de résultats préliminaires, présentés lors d’un congrès. L’étude n’a pas encore été soumise à une revue scientifique ni évaluée par des pairs. Les auteurs eux-mêmes précisent qu’aucune relation de cause à effet entre la mélatonine et l’insuffisance cardiaque n’est démontrée à ce jour.

Si vous consommiez la mélatonine pour gérer votre poids et votre sommeil, j’ai écrit sur ses effets réels sur le poids. Cet article remet aussi en contexte ce que ce complément fait et ne fait pas.

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Pourquoi ces chiffres sont moins clairs qu’il n’y paraît

Le problème central de cette étude, c’est ce que les chercheurs appellent le biais de confusion. Les deux groupes comparés ne sont pas équivalents au départ.

Les personnes qui prennent de la mélatonine depuis plus d’un an ont probablement une insomnie plus sévère, un niveau de stress chronique plus élevé, et peut-être des fragilités de santé déjà présentes. Or, l’insomnie chronique elle-même est un facteur de risque cardiovasculaire bien documenté. Le Dr Logan Schneider, professeur en médecine du sommeil au Stanford Sleep Medicine Center, a précisé après l’étude que la mauvaise qualité du sommeil était probablement similaire dans les deux groupes, ce qui atténue un biais potentiel. Mais d’autres facteurs restent difficiles à contrôler sur une base de dossiers médicaux : mode de vie, sédentarité, alimentation, antécédents familiaux.

À ce jour, la majorité des études publiées sur la mélatonine et le système cardiovasculaire montraient soit une neutralité, soit des effets potentiellement protecteurs : plusieurs méta-analyses pointent un effet favorable sur la tension artérielle. L’étude de Nnadi devra être confirmée par une publication complète et rigoureuse avant de changer quoi que ce soit aux recommandations existantes.

Cela ne signifie pas qu’il faut l’ignorer. Un signal d’alerte préliminaire mérite toujours d’être pris au sérieux. Mais il ne mérite pas la panique que les médias ont parfois alimentée.

Ce que la HAS recommandait depuis longtemps (avant toute polémique)

La Haute Autorité de Santé avait déjà positionné la mélatonine bien avant cette étude : une durée de traitement limitée à 13 semaines maximum. L’ANSES, de son côté, recense depuis 2018 des effets indésirables documentés : tachycardie en cas de surdosage, somnolence diurne, maux de tête, interactions médicamenteuses possibles avec les anticoagulants et les antidépresseurs.

Le problème, c’est que la mélatonine est en vente libre et perçue comme naturelle. Des millions de Français en prennent chaque soir pendant des mois, sans suivi. C’est précisément cet usage chronique hors recommandation que l’étude de 2025 a remis en lumière. Pas la mélatonine en elle-même pour un usage court et adapté.

Profil d’utilisationStatut selon HAS / ANSESCe que ça implique
Ponctuel (jet lag, décalage horaire)Usage appropriéPas de préoccupation particulière
Court terme (moins de 13 semaines)Dans les recommandations HASUsage standard, pas de suivi spécifique requis
Long terme (plus de 13 semaines)Hors recommandations HASEn parler à son médecin traitant
Antécédents cardiaques personnels ou familiauxVigilance accrue recommandéeConsulter avant de continuer
Traitement cardio ou anticoagulant en coursInteraction médicamenteuse possibleAvis médical obligatoire

Ce que j’aurais aimé lire plus tôt : la recommandation des 13 semaines n’est pas un détail imprimé en tout petit. C’est la durée au-delà de laquelle les données de sécurité deviennent insuffisantes pour un usage sans suivi. La mélatonine n’est pas un complément qu’on prend « pour toujours parce que ça aide à dormir ». Elle est là pour remettre une horloge biologique à l’heure. Pas pour la remplacer.

Les profils qui devraient en parler à leur médecin

Je ne suis pas médecin. Ce qui suit n’est pas un conseil médical : c’est une mise en perspective à partir des données disponibles et des recommandations officielles. Si vous vous reconnaissez dans l’un de ces profils, un rendez-vous chez votre médecin traitant clarifiera la situation bien mieux que n’importe quel article :

Vous prenez de la mélatonine depuis plus de trois mois sans en avoir reparlé à un médecin. Vous avez des antécédents personnels ou familiaux de maladies cardiaques. Vous prenez des anticoagulants (warfarine, dabigatran) ou des antidépresseurs. Vous avez une hypertension artérielle non contrôlée. Vous avez plus de 65 ans et consommez de la mélatonine sans prescription.

Pour ceux qui cherchent à sortir d’une insomnie profonde sans passer par des compléments au long cours, j’ai décrit les mécanismes et solutions dans mon article sur l’insomnie chronique. Ces approches comportementales changent les choses sur le long terme.

Un réflexe que j’ai adopté : quand on me demande depuis combien de temps une personne prend de la mélatonine, et que la réponse dépasse trois mois, ma question suivante est « vous en avez parlé à votre médecin récemment ? » Pas pour dramatiser. Juste parce que trois mois, c’est la limite en dessous de laquelle on reste dans un cadre raisonnable. Au-delà, un avis médical a du sens.

Dormir sans mélatonine au long terme : les alternatives qui fonctionnent

Si cette actualité vous a donné envie de revoir votre rapport à la mélatonine chronique, c’est peut-être une bonne occasion d’explorer ce qui fonctionne dans la durée sans prescription continue.

Le magnésium bisglycinate est l’option que j’utilise le plus régulièrement depuis deux ans. Maxime me l’a fait découvrir après une période de tension musculaire nocturne qui perturbait mon endormissement. J’en ai écrit les détails dans mon article magnésium et sommeil. La valériane pour les endormissements difficiles, la TCC-I (Thérapie Comportementale et Cognitive de l’Insomnie) pour les cas plus profonds, et un rituel du soir construit sur la cohérence cardiaque plutôt que sur un comprimé , ces approches durent.

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Depuis cette étude, j’ai changé quelque chose dans ma façon d’en parler. Je ne déconseille plus la mélatonine. Elle reste utile pour un usage court, ponctuel, adapté , le jet lag, une période de stress passager, un décalage de rythme. Mais je ne la présente plus comme un complément qu’on peut prendre indéfiniment parce que c’est naturel et sans risque.

Ce qui est naturel peut avoir des effets. Ça vaut pour la mélatonine comme pour bien d’autres choses. Et les recommandations de la HAS sur les 13 semaines existaient avant l’étude de l’AHA. Cette étude a juste rappelé à beaucoup de gens qu’elles existaient.

Si tu prends de la mélatonine depuis longtemps et que cette actualité t’a inquiété, ne prends pas de décision seul. Un rendez-vous avec ton médecin traitant pour en parler clarifie la situation en quelques minutes.

Mon conseil pour ce soir : si tu prends de la mélatonine depuis plus de trois mois sans en avoir reparlé à ton médecin, prends rendez-vous cette semaine. Pas pour paniquer. Pour savoir si ton usage est toujours adapté à ta situation. C’est la chose la plus utile que tu puisses faire avec cette information.

❓ Questions fréquentes sur mélatonine et insuffisance cardiaque

Est-ce que la mélatonine est vraiment dangereuse pour le cœur ?

L’étude de novembre 2025 associe l’usage prolongé de mélatonine (plus d’un an) à un risque accru d’insuffisance cardiaque, mais ces résultats sont préliminaires et non encore évalués par des pairs. Aucune relation de cause à effet n’est démontrée à ce jour. La majorité des études publiées avant 2025 montraient soit une neutralité, soit des effets légèrement protecteurs sur le système cardiovasculaire. La prudence est justifiée, la panique ne l’est pas.

Combien de temps peut-on prendre de la mélatonine sans risque ?

La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande une durée de traitement limitée à 13 semaines maximum. Au-delà, les données de sécurité disponibles sont insuffisantes pour garantir un usage sans suivi médical. C’est une recommandation qui existait bien avant l’étude de 2025 , et qui est largement dépassée dans les faits par beaucoup d’utilisateurs.

Faut-il arrêter la mélatonine si on a des antécédents cardiaques ?

Toute décision d’arrêter ou de continuer un traitement dépend de votre situation médicale personnelle , ce n’est pas quelque chose qu’un article peut trancher. Si vous avez des antécédents cardiaques et prenez de la mélatonine, parlez-en à votre médecin traitant ou cardiologue. C’est la seule réponse honnête et adaptée.

La mélatonine est-elle déconseillée avec des médicaments pour le cœur ?

L’ANSES signale des interactions médicamenteuses possibles avec les anticoagulants et les antidépresseurs. Des précautions sont aussi recommandées en cas d’hypertension. Si vous prenez un traitement cardiovasculaire ou anticoagulant, un avis médical est obligatoire avant de combiner avec de la mélatonine.

L’étude de 2025 sur la mélatonine est-elle fiable ?

C’est une étude observationnelle sur une large base de données (130 838 patients), ce qui lui donne du poids. Mais elle a été présentée lors d’un congrès et n’a pas encore été soumise à évaluation par les pairs ni publiée dans une revue scientifique. Elle signale une association , pas une causalité. Elle mérite d’être prise au sérieux, mais pas d’être traitée comme une conclusion définitive.

Quelles sont les alternatives naturelles à la mélatonine pour dormir ?

Pour un endormissement difficile, la valériane et le magnésium bisglycinate sont parmi les compléments les mieux documentés. La cohérence cardiaque (respiration 5-5 pendant 4 minutes avant le coucher) agit sur le système nerveux autonome. Pour les insomnies plus profondes, la TCC-I (Thérapie Comportementale et Cognitive de l’Insomnie) est la référence recommandée par la HAS, sans complément, avec des résultats durables.

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